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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 10:14

Prenons garde, en ce deuil national, à ne pas nous égarer en sacralisant l'effroi d'hier et l'affrontement de demain par des mots et des photos qui font de belles Unes ou inspirent des commentaires martiaux dans les campagnes électorales ou les bistrots du coin. Ne transformons pas parce qu'elle est fanatique la guérilla terroriste en guerre de religions ou d'invasion.

 

Le président Hollande a parlé fort et à répétition de "guerre" ... pour mobiliser ses troupes parlementaires, légitimer les mesures de sécurité dont le gouvernement a besoin et inviter le pays à la prudence et à la vigilance. Mais ce n'est pas une guerre de religion, comme pourrait le suggérer le décor de Notre-Dame de Paris. Ce n'est pas une guerre contre une armée d'invasion sur notre sol comme peuvent le suggérer, en première ligne, les militaires en tenue de combat. Ce n'est pas au sens strict du terme une "guerre" car la guerre est déclarée par le parlement contre un Etat ennemi. Le parlement vote l'urgence, pas la guerre et il n'y a pas d'Etat réel face au nôtre, pas d'Etat avec lequel on puisse faire un jour la paix ou signer l'armistice.

 

C'est du terrorisme qui utilise des armes de guerre pour tuer n'importe qui (pas des combattants, des civils), n'importe où (surtout pas sur un champ de bataille mais sur des lieux de loisirs). Qui lance à l'assaut de notre société des individus esseulés, acculturés, manipulés par internet et autres voies d'intoxication, qui les ameute au nom dévoyé d'un Dieu nettoyeur, qui les arme mentalement et physiquement et leur assigne, en guise de mission pieuse, celle du massacre.

 

C'est une guerre asymétrique, une guérilla sauvage, entre d'un côté un Etat, une société, une culture et de l'autre des terroristes, sanguinaires et suicidaires, mobilisés, armés, formés à l'usage des armes (mais assez maladroits dans leur organisation locale ce qui ne les empêche pas d'être destructeurs), instrumentalisés au nom d'un Dieu découvert souvent depuis peu et interprété en fonction d'un  désarroi personnel ou d'une indignation sociale.

 

Certes le Président de la République a dit "guerre" et le terme est repris partout pour rendre compte de l'épouvantable tuerie et de son bilan humain et de notre mobilisation du moment. Certes la France a pris les armes en Afrique et au Moyen-Orient pour y combattre le totalitarisme d'une anti-religion. Certes les tueurs qui sèment la mort et veulent installer la terreur répondent à un appel à "la guerre sainte" pour tuer "les infidèles", "les juifs", "les croisés". Certes cet appel au djihad est lancé au nom d'un khalifat autoproclamé Etat.

 

Mais ces tueurs ne sont pas des soldats et ce ne sont pas des croyants, ils ne représentent ni un Etat, ni une religion. Leur prétendue foi justicière est folie meutrière, délire verbal et feu sauvage d'individus en perdition personnelle et/ou en dépendance de réseaux. 

 

Gardons-nous de les "légitimer" en leur donnant par des mots ou des images inappropriés une posture de combattants de Dieu, donc une pieuse légitimité. Ce serait installer leur barbarie dans l'histoire, dans le combat des croyances, au risque dramatique de l'intérioriser au sein de la société française. Et de transformer la guérilla importée en guerre civile larvée.

 

La France fait la guerre en Afrique et en Orient contre la barbarie déchaînée au nom d'Allah, contre ce totalitarisme qui n'est qu'une maladie régresive de l'Islam, maladie mortifère et que nous devons veiller à ne pas rendre contagieuse au risque de l'ériger nous-même en guerre de religion voire de guérilla intime.   

 

Cela n'est pas rappelé ici comme ailleurs pour inciter à baisser la garde, ni les armes. Bien au contraire car la guérilla est plus redoutable que la guerre, elle n'est pas l'affaire de professionnels, c'est un combat sans temps ni lieu, ni règles. Un vieil Etat, fondé sur la Nation et la République, doté de valeurs humaines et politiques ancestrales, d'une armée expérimentée et loyale, a les ressources morales et physiques lui permettant de mener et de gagner une guerre. Mais face à une guérilla insaissable et latente, dont une poignée de forcenés surgissant à l'improviste peut décimer une foule paisible et sans protection, l'Etat de droit est à la peine, jour et nuit, et partout. La guérilla ne se gagne pas sur un champ de bataille, parce que c'est elle qui choisit le jour et le lieu, les armes et la cible. Et parce qu'elle maintient ainsi sa cible potentielle en alerte, et tend à l'épuiser en entretenant l'anxiété des citoyens ou la fatalité de la société.

 

Les soldats qui patrouillent devant Notre-Dame de Paris ou dans les gares rassurent mais ne sécurisent pas plus une ville ou un pays que les verrous, les alarmes ou les barreaux ne garantissent une maison contre toute intrusion. La surveillance policière et civique, on parle désormais de cogestion, est nécessaire pour dissuader et prévenir. Elle l'est plus que jamais depuis que le terroriste se banalise: le guérillero islamiste a perdu tout signe particulier au plan vestimentaire ou comportemental, il passe inaperçu dans son quartier ou il surgit d'ailleurs en voiture de location pour accomplir son méfait. La protection impose donc le renforcement de ces actions de surveillance et de prévention. Comme s'impose en notre Etat de droit la répression judiciaire rapide et forte. Comme s'impose pour éradiquer les recrutements un intense effort collectif, familial, associatif, culturel et éducationnel pour redonner à ces proies potentielles de l'appel au djihad d'autres ambitions, d'autres raisons d'exister, d'autres idéaux que celui de porter la mort pour donner du sens à sa propre vie.

 

Mais le fanatisme et le terrorisme repoussent sans cesse comme chiendent dans les pelouses les mieux bordées, d'une graine soufflée par le vent ou d'un mognon de racine ancienne. L'éradication, au-dela de la prévention des attentats et de la répression des meurtriers, l'éradiction par anéantissement de la logistique et de la mystique, cette tâche politique, diplomatique et militaire, nationale, européenne et onusienne est essentielle ... et complexe.

 

Gardons-nous donc de la complexifier plus encore soit en diffusant comme hier des rumeurs alarmistes stupides (sur les réseaux), soit en se laissant aller, comme il y a peu encore, à des plaisanteries, des images ou des égarements verbaux de nature à nourrir le délire artificiellement religieux et le fanatisme djihadiste. Ne mettons pas Notre-Dame en première ligne de guerre, ni Saint-Pierre au centre de notre monde si nous voulons éviter d'en faire la cible des fous d'Allah.

 

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Published by pugnace
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commentaires

Monsieur -K 22/11/2015 11:22

Bonjour,
Vous avez raison d'insister sur la valeur des mots et en la matière il en est un qui me turlupine depuis fort longtemps

Kamikaze.

Non, ceux qui se font sauter au milieu d'une foule, ici ou ailleurs ne sont pas des Kamikazes mais des assassins.

Les Kamikazes avaient une forme d'honneur celui de sacrifier leur vie contre des objectifs purement militaires , pas des cibles civileEst-ce si difficile d'user du mot juste plutôt que de références impropres ?

Sursaut 21/11/2015 12:03

A mon avis, le chantier intérieur, je veux dire en France, est énorme ; car ce sont sans doute nos lâchetés, nos laisser-aller et laisser-faire citoyens, sociaux et culturels, qui ont contribué à faire le lit de ces ignobles. Ces assassins sont donc aussi le fruit de nos échecs. Soignant d’abord leurs frustrations au sein d’une délinquance crapuleuse, puis accessibles par nécessité et facilité à tous les discours identitaires et revanchards, ils se recyclent, souvent par inculture, dans le vivier djihadiste. Ce sont les enfants perdus de notre République.
Si la riposte n’est que musclée, nul n’est besoin d’être grand clerc pour prédire la répétition sans fin de ce que nous vivons aujourd’hui. Elle doit pour le moins être annonciatrice des changements nécessaires afin que soient compris et admis, par tous, les enjeux du vivre-ensemble, les impératifs du contrat social, le caractère non négociable des valeurs républicaines. Valeurs qui doivent être comprises, admises et appliquées par tous. La simple réaction de force est donc une réponse ponctuelle indispensable, mais elle ne saurait être considérée et acceptée comme remède permanent aux conséquences de nos manquements. Dans l’urgence de la situation, il faut bien sûr être pragmatique. Qui pourrait d’ailleurs se résigner à laisser le champ libre à ces barbares, quitte à payer d’un zeste de démagogie les ralliements nécessaires pour faire bloc ? Mais on ne peut cependant s’empêcher de craindre tous ceux qui, s’autorisant du très consensuel discours guerrier, adopteront demain des attitudes et des comportements d’exclusion, continuant à mettre en pratique sans finesse aucune, ce qui fut un temps admis parce que nécessaire.

pourquoi 20/11/2015 15:37

De l’écrivain guadeloupéen Alain Foix :


« On s’étonne que des jeunes gens qui ont fait des études, qui sont comme tout le monde passés par l’Éducation Nationale, se trouvent embrigadés par les armées du jihad et commettent les crimes effroyables qu’on vient de connaître ce vendredi 13 novembre. Ils sont instruits, (parfois), mais quel est l’état de leur culture ?

Celle des produits de la marchandisation de masse, de la culture fast-food à consommer sur Internet ou des radios périphériques qui calibrent leur clientèle en calibrant par la même occasion les publicités dont ils sont matraqués. Mais certainement pas la culture qui fait lien, qui construit une unité sociale à travers des questions communes…

C’est peut-être précisément parce que ces jeunes ne se sentent pas rattachés par la culture à un sens commun, parce qu’ils n’y retrouvent pas leur visage sinon en négatif, sinon par le symbole de leur absence, qu’ils cherchent par leur propres moyens un sens, un lien qui les conduise. La religion est ce lien. Un lien d’autant plus fort qu’il les protège de la complexité du monde, du matraquage d’images et de produits de consommation qui les renvoie quotidiennement à leur impuissance, à leur dévalorisation, à l’aune de l’unique valeur de l’argent.
C’est dans cet état de délabrement psychologique, cette profonde errance, que sont recueillis ces jeunes auxquels on donne des kalachnikovs par lesquelles ils se sentent exister. Exister en se construisant contre cet ennemi, la culture, qui les a écartés par ignorance et par dédain, les laissant dans le vide et l’ennui d’une existence sans lien spirituel et sacré avec le tout de la nation. Leur haine de la culture et d’eux-mêmes qui en sont exclus est l’arme la plus puissante des intégrismes. Et ce n’est alors pas un hasard s’ils s’en prennent au Bataclan, un lieu de la fête, de la rencontre, du partage, de la culture à l’œuvre.
Lorsque les pouvoirs publics auront compris que la culture globale, l’art, le théâtre et les spectacles, doivent intégrer ces visages pour qu’ ils se reconnaissent comme appartenant à l’unité spirituelle de la nation, un grand pas aura été franchi. Ce n’est certainement pas le seul, mais un pas décisif cependant. »

rene 19/11/2015 11:22

Merci de ce texte.

Monsieur -K 22/11/2015 11:25

Désolé mais je ne souscris pas à ce texte qui n'est finalement qu'une forme de justification à ces actes criminels.

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