La Fontaine en aurait fait une fable légère et profonde, Brassens un malicieux clin d’œil sur sa guitare. Très prosaïquement et sans musique, campons les personnages qu’inspire la dernière facétie municipale: la grenouille, le bison et les lemmings.
La facétie c’est la réunion d’un " groupe de travail " (sic) du conseil municipal le 9 décembre 2010 et la présentation de " l’analyse financière prospective (2010-2014) " établie par M. Heymes de Stratorial Finances. Notons d’abord que cette analyse d’un consultant extérieur se présente comme un " document provisoire ", qu’elle est datée du 3 juin 2010, qu’elle a été faite au printemps et que le maire n’a pas voulu (ou su) nous dire si ce " document de travail provisoire " était validé ou non par lui (ou son adjoint aux finances :oui, ça existe), si c’était le fondement technique de sa politique ou un simple alibi de papier qu’il nous mettait sous le nez pour donner une apparence de sérieux à ses décisions de brader les immeubles communaux.
Bref le document se présente comme une prévision financière de la commune pour les 4 ans. C’est là qu’on pense d’abord à la grenouille : la grenouille qui coasse par temps de pluie, c’est la prévision des météorologues qui nous annoncent le mauvais temps et qui déclenchent les alertes. C’est le 1er type de prospective : on prédit, on met en garde, c’est la prospective d’alerte.
Le 2ème type de prévision possible est celle qui introduit dans l’annonce le conseil utile : attention, danger, prenez vos précautions et adaptez votre comportement au risque, c’est bison futé qui suggère les itinéraires de déviation permettant d’échapper aux bouchons et aux intempéries. On pouvait espérer de M. Heymes qu’il serait le bison futé de Del Poso. Rappelons qu’à notre initiative, il y a un an, la Trésorerie générale avait joué la grenouille en exposant dans une analyse financière détaillée les maux qui plombaient les finances de Saint-Cyprien. L’analyse prospective devait être, après l’alerte, le sage conseil. Après la grenouille, le bison futé. Nous avons droit aux lemmings.
Le lemming, on le sait, est un rongeur dont la légende dit qu’il est mu, par intermittences, de pulsions collectives suicidaires : les lemmings courent se jeter du haut des falaises norvégiennes pour se noyer ensemble, rituellement et collectivement. L’analyse de M. Heymes est un plaidoyer insensé pour appeler au suicide collectif les lemmings municipaux. Ce qui en soi ne serait pas très grave, la disparition de ces 21 lemmings ne pouvant guère nuire à notre environnement; ce qui est grave c’est que cette attitude suicidaire de nos élus-lemmings conduit au désastre de notre collectivité.
Il faudrait reprendre ligne par ligne, chiffre par chiffre, ce document de 21 pages. Ce serait ennuyeux ici. Il faudra sans doute le faire si ce document est un jour présenté en public, au conseil municipal, à l’appui du projet de budget 2011. Ou il faudra le faire lors d’une assemblée de l’association " Cap espoir pour ma ville ", une appellation exactement dénonciatrice de cette orientation suicidaire de la municipalité actuelle. Disons en gros quels sont les stigmates de cette perversion suicidaire.
Rappelons d’abord les constats de l’analyse de l’an dernier puisque un traitement du malade (la ville) doit se fonder sur le diagnostic (n’est-ce pas Docteur ?). Ce diagnostic était clair. La situation catastrophique des finances communales avait deux causes majeures. La première était une progression incontrôlée des dépenses de fonctionnement et par conséquent un niveau de dépenses supérieur aux recettes. Donc un manque d’épargne (ce qu’on appelle CAF, la capacité d’autofinancement). D'où la deuxième erreur du temps de J. Bouille : un financement des investissements (d’ailleurs excessifs) par l’emprunt. D’où le surendettement, d’où la surimposition.
N’importe quel chef de famille de bon sens sait que quand les fins de mois sont difficiles, la solution n’est pas chez le banquier (ni même à la banque postale, n’est-ce pas M. A-C ? ), elle n’est pas d’emprunter encore pour plomber un peu plus les fins de mois futures (n’est-ce pas M. le comptable, adjoint aux finances ?) La solution consiste à se serrer la ceinture, à faire des économies, à mieux gérer ce que l’on a et à essayer d’avoir plus de rentrées et moins de sorties. C’est certes plus facile à dire qu’à faire mais c’est le b-a-ba de la gestion (même la 1ère adjointe qui fut naguère en entreprise) doit savoir cela.
Alors quand la 1ère hypothèse qui est retenue (et qui est sans hésitation transformée en contrainte budgétaire) par le document est l’augmentation de 2010 à 2014 des dépenses de personnel et des charges à caractère général de 3,5 % par an, on doit hurler " casse-cou ! ". A combien est l’inflation ? quelle est l’augmentation des traitements de la fonction publique ? a-t-on réfléchi à la réorganisation des structures de gestion ? va-t-on encore payer des indemnités de licenciements type Bertrand ou embaucher encore des copains pour préparer des élections ? Silence, c’est secret.
Quand on lit dans l’avant dernière page que les dépenses augmenteraient de 18 % et les recettes de 11 % on crie " au fou ! ". Les dérives d’avant 2009 reprennent.
Quand on voit sur le graphique présenté en page 14 de ce document que le montant des dépenses réelles de fonctionnement, un peu supérieur à 20 millions en 2008, tombé à 17 en 2009 (merci M le procureur !) remonte tranquillement de 2010 à 2014 jusqu’à rejoindre et même dépasser le niveau antérieur (plus de 20) on hurle " S.O.S ! arrêtez-les, ils sont dangereux ! "
Quand on compare les taux de progression prévus pour les charges de personnel de la ville (3,5%) et la contribution versée au SDIS (pour payer les pompiers) soit 2 % on voit que cela fait de 2010 à 2014 une différence de 5 x (3,5 - 2) = 7,5 points d’augmentation … alors on redouble et on tire la sirène " au feu, au fou ! "
Quand on voit que dans les charges qui vont augmenter de 3,5 %, il y a les subventions diverses alors que la dotation au CCAS (centre social de la commune) est plafonnée au montant actuel, on croit rêver pour ne pas croire au cauchemar. Vive les grillades pour les joueurs de pétanque, que les œuvres sociales se débrouillent, Mme Nègre a arbitré entre ses ouailles, le CCAS et les associations !
Quant au maire, il a sa pensée unique " si on ne fait rien, on ne peut rien faire ", autrement dit je ne peux rien dépenser en investissements d’ici 2014 si je n’ai pas de sous. Comme je (c’est Del Poso qui pense) ne peux pas (= ne veux pas) faire d’économie, il n’y a que 2 solutions (merci M. Heymes de m’apporter votre caution rémunérée) : vendre le patrimoine et emprunter.
Pour les ventes, c'est parti, on a vendu à perte le terrain de la cave, à 400 000 €, le prix du terrain de pétanque " cher " à M. Olibeau et papa Del Poso alors qu’on pouvait en tirer 1 million. On va continuer très bientôt avec le camping Al Fourty où il y aurait eu 40 acheteurs intéressés mais où étrangement il n’y a plus qu’un au dernier moment : à suivre.
Pour les emprunts, ça va repartir. M.Heymes explique que la charge de la dette va baisser en 2015. Bien. Il en déduit qu’on peut recommencer à emprunter en 2013 : bizarre ! Bien sûr 2013, c’est avant 2014, année pré-électorale où ce n’est pas mal pour le maire sortant d’avoir un programme dépensier. Mais la logique financière et politique n’est pas celle-là . Si une possibilité se présente en 2015, de grâce n’anticipons pas, ne plombons pas dès 2013 la capacité financière des élus de 2014, ayons la prudence financière et la correction politique de laisser aux élus de 2014 la capacité de décider de leurs choix.
Morale de la fable: le lemming n’entend rien quand il court en troupe se noyer.