Le conseil municipal du 29 présentait deux rapports sous ce titre "aliénation". Le terme "aliénation" semblait écrit en son sens premier de cession (cession immobilière) même si les modalités de l’opération et les justifications données en séance en vinrent à évoquer insidieusement un état qui confine à l’irresponsabilité collective. La mairie a décidé de vendre deux maisons à ses locataires qui sont par ailleurs des agents communaux et le prix consenti est exactement l’estimation donnée par le service domanial: c'est simple pour la commune, sympa pour les agents mais contestable pour le citoyen.
Objection a été faite en séance et avec insistance par Mme Jaillet sur l’étrangeté, pour ne pas dire l’incongruité, qui consiste pour un vendeur à ne pas rechercher le prix le meilleur possible mais à se contenter d’une seule offre, surtout lorsque cette offre est minimale (du niveau plancher autorisé: l’estimation domaniale), au lieu de s’ouvrir au marché par la publicité ou l'intermédiation d’un professionnel.
La question est d’opportunité puisque la vente peut être faite de gré à gré et qu’il suffit de respecter l’estimation domaniale. Mais l’observation d’opportunité est sacrément pertinente dans une ville où on a besoin d’argent (et le plus possible) et où du reste l’an dernier on a prétendu faire une petite publicité pour les ventes d’alors. La question est d’autant plus pertinente que la réponse donnée à la fois par M. Del Poso et M. Roméo est fuyante, irresponsable. On répond :
- C’est le prix des domaines. M. Roméo affirme même grossièrement "on est tenu par les domaines". On en reste là. L’estimation des domaines, chacun le sait sauf M. Roméo, est un minimum, ce n’est pas un tarif imposé, les élus peuvent (et doivent) faire preuve d’efficacité gestionnaire tout comme s’il s’agissait de leur patrimoine. Mais, dans l’esprit de ces deux élus, cette idée d’être plus performant dans la vente est exclue pour la seule et prétendue bonne raison que :
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- On vend à des agents communaux. Et l’argument de la préférence est double : ce sont nos agents et ils sont d’ici. Pas question de vendre à un "étranger" qui proposerait plus. On retrouve la subjectivité de la préférence locale qui a privilégié Mme Pereira pour le terrain de la cave coopérative. Quant à faire du statut d’agent communal une carte de priorité, c’est méconnaître outrageusement le principe de base d’égalité des citoyens. Est-ce du "social" véritable ou du paternalisme électoral ? Les deux agents communaux que nous ne connaissons pas ne sont pas personnellement en cause. Ils ont eu la chance d’être embauchés par la ville, tant mieux, ils ont eu la chance d’obtenir ce logement, ils ont eu la chance de payer un loyer modéré, tant mieux pour eux. La question si on prétend faire du "social" et non du clientélisme ou de la démagogie est : n’y a-t-il pas d’autres cas sociaux qui auraient pu entrer en compétition ? Si l’on fait du social, on prédéfinit les règles et les normes d’appréciation, ce n’est pas après avoir fait son choix subjectif qu’on le justifie en disant "c’était du social"
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Visiblement lassé par cette discussion où il n’avait pas d’arguments tenables, le président de séance veut en finir et brandit, comme une menace contre Mme Jaillet la dérangeante, la suggestion d’annuler. Pour une fois il avait raison, c’était la bonne solution : on reprend tout à zéro, on fait une vraie mise en vente (publicité réelle ou agence immobilière), on retient le meilleur prix et on laisse le droit de préemption au locataire à ce prix là; ce n’est qu'à défaut d’offre supérieure que le prix des domaines fait la loi et peut servir de base à la négociation avec le locataire.
On n’a pas osé : la vente a été adoptée grâce au silence du troupeau (et avec 3 abstentions). Voilà comment peu à peu, malgré les mises en garde, le patrimoine de la ville "s’aliène", se dilapide dans l'irresponsabilité collective, pour faire un peu d’argent de poche au chef du village.

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