Saint-Cyprien est vraiment une commune à part. Comme s'il était normal que rien ne s'y déroule normalement. Comme s'il importait à son représentant légal que sa commune ne soit pas commune pour que lui, le maire du moment, sorte enfin de l'ordinaire. Comme si après les drames de 2008/2009 il fallait l'oublier, la laisser mariner dans son coin jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'elle n'a pas vocation à devenir le centre pénitentiaire VIP du département, ni le centre du monde. Comme si néanmoins l'incarcération successive de 2 maires imposait un silence pudique, un temps de deuil administratif en quelque sorte, avant qu'elle puisse réintégrer son microcosme naturel.
Nous présumions que le nom de Saint-Cyprien et même son code postal avaient été effacés des listes préfectorales car nos courriers, nombreux, divers mais toujours d'intérêt public, ne recevaient pas de réponse. D'autres, de nos amis, pensaient que cette mise à l'écart des bons usages ne relevait pas d'un destin local, celui de présumé non fréquentable. Ils pensaient que c'est l'air du temps, celui de l'irresponsabilité des Ponce-Pilate qui s'en lavent les mains, tous ceux qui en Préfecture, aux Finances, à la DDTM, au ministère de l'Intérieur et même (pensez donc) au secrétariat général de la Présidence de la République (dite "irréprochable") s'excusent de ne pas pouvoir faire ou de devoir se taire, et qui attendent comme il y a 2 ans que d'autres fassent leur boulot. Bref on pouvait penser que toutes choses changeant dans cet univers qui se réchauffe et se dégrade, se mondialise et se déglingue moralement, on pouvait penser que nous étions condamnés sans avoir le droit de savoir pourquoi, condamnés à faire tapisserie au grand bal des faux-culs.
L'actualité a tranché. Saint-Cyprien n'est pas répertoriée dans l'ensemble communal du département. Le Préfet, et qui mieux que lui peut le savoir, le Préfet Delage l'a confirmé la semaine dernière à propos du schéma concernant l'intercommunalité. Il a déclaré : "Les communes ont délibéré et donné un avis en date du 3 août. J'ai transmis la totalité de ces avis sans commentaires, ni synthèse, à la CDCI (Convention départementale de coopération intercommunale). Ce sont les membres de cette structure qui apprécieront l'opportunité du choix".
Or les élus du groupe Pugnace n'ont pas été convoqués en conseil municipal pour en délibérer avant la date limite du 1er août. Sauf s'il y a eu une réunion fantôme d'un conseil réduit aux bienheureux de la majorité, De SARS et ROMEO inclus, le Préfet n'a donc pas reçu de délibération régulière de Saint-Cyprien. Notez que nos voisins et amis de La Tour Bas Elne et Alénya ont régulièrement délibéré mais que la commune de M. Del Poso, président de Sud-Roussillon et par ailleurs membre de la CDCI n'a pas respecté la loi ni donné suite aux instructions du préfet.
Alors quand le Préfet dit avoir transmis la totalité de ces avis à la CDCI il veut dire soit que Saint-Cyprien fait bande à part (et qu'il s'en fiche) soit que l'avis des élus autres que le maire et de la population autre que les bien-pensants ou les non-pensants est sans importance. On n'ose pas imaginer (mais sait-on jamais?) qu'il va tacitement valider la conception del posienne de la démocratie locale selon laquelle l'absence de délibération vaut approbation tacite: vous connaissez le discours "j'ai derrière moi la majorité des bienheureux silencieux, donc ma volonté est naturellement celle du conseil, donc je n'ai pas besoin de réunir le conseil pour savoir qu'il est de mon avis, donc gagnons du temps traduisons en délibération implicite de l'assemblée municipale la volonté de son président".
On pense surtout que la CDCI appréciera puisque comme le rappelle le Préfet c'est elle qui doit apprécier. Donc nous lui avons écrit pour lui expliquer que faute d'avis communal, avis exigé par la loi, aucun choix touchant Saint-Cyprien ne pouvait être validé et que rien dans la loi n'imposant à Saint-Cyprien de changer de structure la seule solution était de ne rien changer en attendant qu'on puisse avoir un débat intelligent pour préparer des choix responsables. On a écrit aussi au Préfet mais pour simplifier, on ne vous reproduit ici que la lettre utile, celle au Président de la CDCI (dont copie a été adressée à tous ses membres) :
Saint-Cyprien le 16 août 2011
"Monsieur le Président,
Le Préfet a du vous transmettre les délibérations des conseils municipaux et de communautés qui ont délibéré sur le plan de regroupement proposé par lui en mai dernier. Vous n’y trouverez pas de délibération de Saint-Cyprien car le maire s’est abstenu d’en saisir son assemblée municipale mais a fait délibérer normalement son conseil de communauté.
Alors que nombre d’élus et d’électeurs demandaient qu’un débat sérieux soit ouvert sur le sujet cette omission n’est pas fortuite, le maire ayant l’habitude d’assimiler la non-saisine du conseil à une validation tacite et espérant masquer ainsi l’ambiguïté de ses choix personnels qui ont oscillé d’un jour à l’autre entre le maintien du statu quo, la fusion avec Illibéris, l’élargissement réduit à 3 communes proposé par le Préfet ou l’intégration dans l’agglomération du chef-lieu souhaitée ici ou là. Autant dire que le débat démocratique n’a pas eu lieu à Saint-Cyprien et que la consultation exigée par la loi n’a pas été respectée, l’absence de saisine ne pouvant valoir approbation tacite du plan du préfet.
Cette carence portant sur une formalité substantielle compromet le processus de décision touchant Sud-Roussillon d’autant plus que la population de Saint-Cyprien étant supérieure à la moitié de celle de l’actuelle communauté comme du regroupement intercommunal proposé aucune règle de majorité n’est remplie.
Dans ces conditions nous considérons, ainsi qu’une grande partie de la population, que l’absence de tout débat local et surtout le court-circuitage du conseil municipal de la commune centre rendent inenvisageable une restructuration au demeurant peu cohérente et qui, du reste, n’était ni exigée par la loi, ni a priori nécessaire ou désirée.
Nous souhaiterions que votre commission veuille bien tenir compte de ce vice grave qui invaliderait toute autre décision que le statu quo et que vous vous prononciez sur le maintien de Sud-Roussillon à trois communes sans préjuger les orientations qui pourraient dans l’avenir être sérieusement examinées.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre considération distinguée"
Signé : Marie-Pierre SADOURNY-GOMEZ et Jean JOUANDET
Peut-être d'autres élus sont-ils aussi soucieux de l'avenir de leur commune et peut-être aussi, soucieux d'y participer, ont-ils fait ou vont-ils faire la même démarche.
Cela serait souhaitable.

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