Les hommes … et les femmes politiques cultivent complaisamment les tourments métaphysiques d’Hamlet. Pour eux … et pour elles, la question est lancinante : être ou ne pas être. Etre normal ou hyper, être le seul ou le meilleur, le vrai ou le légitime. Bref être reconnu, considéré, respecté. Avoir une existence officielle et médiatique. Etre le chef de quelque chose, de la majorité ou de l’opposition, d’un groupe, d’une mouvance ou d’une nébuleuse.
D’accord : pour être élu, « être ou ne pas être ?» c’est la vraie question. La réponse va de soi et la démarche s’impose : il faut se positionner, il faut exister, donc se faire désirer, se faire estimer, il faut être porteur d’une image ou mieux encore d’un message et encore mieux d’une force. Rien à redire à cela, c’est le cœur de la compétition démocratique : les hommes … et les femmes doivent inspirer confiance aux électeurs, ils doivent focaliser l’espoir collectif sur leur personne et sur leur programme. Ils doivent plaire et convaincre pour gagner les suffrages, pour sortir des urnes avec un profil crédible, pour accéder à un statut d’acteur politique, acteur vedette, second rôle ou figurant. En sortant des urnes l’éligible devient acteur.
Et c’est alors que la question vitale change de nature, devrait en tout cas changer de nature. Le temps n’est plus après l’élection de contempler son crâne et de chercher à être ou n’être pas. On est. Mais être ne suffit plus. Après l’élection vient le temps de l’action. Ou celui de l’inaction donc de la disparition. A chacun de tenir son rôle.
Tenir son rôle, non le revendiquer comme un privilège, un titre consacré par les urnes mais l’exercer comme un devoir, comme l’exigence de son mandat. Revendiquer le respect, certes mais d’abord le mériter. Invoquer son statut, bien sûr, mais surtout l’assumer. Se réclamer de son engagement antérieur, oui, mais surtout s’engager dans le concret, dans le présent, dans l’action, faire ses preuves autrement qu’en vagues paroles de bonnes intentions ou en indignations plus ou moins senties. L’élection donne une légitimité, la confiance des citoyens, mais c’est une légitimité conditionnelle, pour ne pas dire impérative : la confiance est un mandat, un mandat de faire, pas seulement une reconnaissance de l’être. La légitimité ne s’entretient que par l’activité.
Que le maire ait obtenu la majorité pour accéder aux manettes de la commune, c’est bien et c’est nécessaire. Ce n’est pas suffisant pour garantir aveuglément la légitimité de sa gestion, d’où la nécessité, la légalité des contrôles et des contre-pouvoirs.
Que les minorités aient une présence pour participer, contrôler, contre-proposer, contester et conseiller, c’est le sel de la démocratie. Encore faut-il mettre son grain de sel à bon escient, ce qui suppose à tout le moins … (si on a le temps et le vouloir-faire) de connaître les recettes, d'étudier chaque menu imposé, d'analyser les contenus, de suivre les préparations, de jauger la tambouille du chef et d’en corriger par tous les moyens les ratés. Concrètement : réclamer la présidence de la commission des finances pour l’opposition au lieu d’analyser vraiment les budgets … le jour même où on approuve les délibérations qui ont irrégulièrement adopté les comptes, est-ce sérieux ? Réclamer une participation de l’opposition dans les organismes satellites, c’est bien ... à condition que ce ne soit pas pour « figurer » mais bien pour servir : il y a une opposante au conseil communautaire de Sud-Roussillon, qui fait-elle, quelles sont ses interventions, sur les tarifs, les budgets, les charges et les subventions, où sont ses comptes-rendus ?
Lorsque, à qui revendique d’être « le seul groupe d’opposition légitime », le chef de la majorité (alias le maî(t)re) répond « je partage tout à fait les termes de votre intervention » on peut se demander qui est qui ? qui fait quoi ? Jusqu’où va « l’opposition constructive » : jusqu’à demander « le respect de la démocratie » à quelqu’un qui a claironné deux fois en conseil qu’il l’abrogeait jusqu’en 2014, à quelqu’un qui dans cette même salle injurie grossièrement ses opposants devant tous les agents communaux, à quelqu’un qui viole le droit du travail à l’Epic, qui licencie irrégulièrement, qui manoeuvre pour expulser ses opposants trop pugnaces, qui fait sanctionner ses décisions par le TA à 13 reprises ?
Qu’est-ce qu’une opposition « légitime » ? et qui décerne ce label de légitimité ? toute opposition en démocratie est légitime quand elle s’exerce intelligemment, sur des sujets précis, avec des motifs de droit et de faits avérés, avec des chiffres, de façon contradictoire et publique. L’opposition n’est pas le monopole d’un groupe ou d’une personne, c’est le droit de tout citoyen, tout groupe, toute presse, tout écrit, à condition d’être exact et de rester dans le cadre de la loi républicaine.
La question n’est pas de savoir qui est la « seule opposition » ou « l’opposition légitime ». Elle n’est pas de savoir qui peut monter sur le bateau mais qui veille à ce que le bateau aille dans la bonne direction et ne coule pas.
Pugnace ne revendique pas d’être la "seule" opposition existante ou "légitime". Le groupe, qu’il soit ou pas en conseil, fait et fera ce qu’il a à faire avec ceux qui vont dans le même sens, le bon sens, celui qu'il a initié depuis 3 ans et qui a permis de dévoiler à tous les dérives municipales et de les contester réellement.

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